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À la guerre, à la sourceJ'habite au même endroit depuis 5 ans, et l'eau chez moi a toujours goûté le calcaire; très difficile de s'habituer à un breuvage ayant une telle saveur! Et puis le marché est bien trop loin pour que je m'y rende à pied afin d’acheter de l'eau embouteillée.J'ai découvert dernièrement qu'un de mes voisins avait un refroidisseur d'eau de source. Quelle chance! Il est pauvre, mais trouve important que sa famille boive une eau de qualité, car il a évidemment le même problème de calcaire chez lui. Subtilement, je me suis fait ami avec lui. Après quelques visites, je lui demande de me vendre de son eau. Il parait d'abord surpris, mais accepte finalement le 1$ par litre qu'il me fournira. Alors, tous les deux jours, mon voisin en personne ou sa femme, remplissent mes bouteilles. Ce petit manège dure un certain temps. Jusqu'au jour où il me dit avoir consulté sa femme et le plus vieux de ses fils (il appelle ça son conseil d'administration!) pour me signifier que ses dépenses au litre sont plus élevées que ce que je lui donne. Ses arguments sont bon: le livreur vient porter les bouteilles dans son garde-manger, le pourboire de celui-ci, l'électricité utilisée pour refroidir l'eau, etc. Nous avons donc conclu une entente à 1,50$ le litre d'eau non refroidie. J'ai une bonne situation et je peux me le permettre. Les semaines passent. Je croise la petite famille à l'occasion, je les salue et eux se frottent les mains des bonnes affaires qu'ils font. Je sais bien qu'ils se foutent de ma gueule, mais au moins, je peux boire une eau de qualité. Le 11 septembre, mon voisin, sa femme et son plus vieux sonnent à ma porte. Ils m'annoncent en grande pompe qu’il est temps pour une augmentation! Je suis bouche bée... mais quels profiteurs ceux-là! Je leur ferme la porte au nez. Je déteste les gens trop gourmands! Quelques heures plus tard, d'un pas décidé, je me rends chez lui. Dès qu'il ouvre la porte, je m'engouffre à l'intérieur en hurlant: «Tout le monde dans le salon, réunion d'urgence du conseil d'administration...» La famille, un peu paniquée, s'assoit rapidement sur le sol, car j’avais déjà pris la chaise du chef de famille. Puis, balayant leurs visages de mon regard condescendant, j’annonce stoïque: «Étant donné la situation nouvelle, je me vois dans l'obligation de vous intimider. À compter de maintenant, vous n'avez plus accès à l'eau du garde-manger - ni au garde-manger d'ailleurs - et surtout, vous n'adressez plus la parole au livreur...» Aujourd'hui, j'ai installé un long tuyau qui part directement du garde-manger de mon voisin jusqu’à mon lavabo. Ainsi, je m'assure l’approvisionnement d'une eau de qualité, à moindre coût. Dans le village, tout le monde sait que j'intimide cette pauvre famille, mais j'ai le beau jeu; j'ai beaucoup d'argent, eux non. Ils savent très bien que je peux tous les écraser comme des fourmis. Antaya W. Pouceux |
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